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MEZERG : HOMME-ORCHESTRE DES TEMPS MODERNES

Pianiste et claviériste hors-pair, Marc Mezergue s’est forgé cette année une solide réputation sur le net, en partageant des vidéos de ses improvisations sur ses synthés et son fidèle thérémine. Adepte du one-man band et ex-performeur en concerts sauvages, cet ancien étudiant en jazz du Conservatoire de Bordeaux s’est tourné vers l’électronique après un déménagement à Paris, qui l’a fait s’immerger peu à peu dans la culture club. Reproduisant dans un premier temps les sensations des bpm à l’aide d’une grosse caisse, Mezerg a depuis fait évoluer son « Piano Boom Boom » au gré de son imagination et du matériel glané au fil des années. Avec ses sets désormais synthétiques, mais toujours joués dans un esprit live ultra énergique, l’artiste est aujourd’hui réclamé, de l’Espagne à la Hongrie, par bon nombre de festivals et salles de concert. Bientôt de retour au bercail, c’est à l’IBOAT que Mezerg fera vibrer son public bordelais, le 6 mars prochain. Entretien avec le musicien avant sa performance de haute volée.

Propos recueillis par Gil Colinmaire

Pourquoi as-tu voulu associer techno et musique acoustique ?

Je voulais faire du piano bar. Mais à Paris, j’ai vraiment découvert cette sensation électronique. Ça n’a jamais été du foutage de gueule mais plutôt une caricature au début. Ce qui n’est même plus le cas maintenant, c’est plus clean. Et ça a évolué en fonction du matériel et de la technique que j’ai développée. J’ai rajouté des synthés, du thérémine… Mais le cadre du projet, ça reste l’idée de l’homme-orchestre.

Dans une de tes dernières vidéos, Sacrilège, on te voit réussir à faire des mélodies en tapant sur les cordes d’un piano. C’est une technique à laquelle tu t’es entraîné ?

Je ne l’ai pas vraiment travaillée, je suis très première prise pour les vidéos. Je voulais voir si ça réagissait sur les réseaux. C’est comme ça que je fonctionne depuis le début du projet, en jaugeant avec les internautes, pour tester avant le live. Ma nouvelle idée, c’est de jouer avec un fouet à la Indiana Jones. Mais pour vraiment exploiter toutes les possibilités, il ne faudrait pas que j’aie à faire la rythmique avec les pieds. Il faudrait être debout et naviguer autour du piano donc je vais certainement utiliser une boîte à rythmes. Au départ, le projet était très lié à l’acoustique. Tu perds du public en évoluant mais c’est pas grave, c’est le jeu.

Les pianos préparés ont d’abord été utilisés en musique contemporaine, notamment par John Cage. Est-ce que tu t’inspires aussi de ces musiques plus anciennes ?

Oui, et il y a peut-être aussi une démarche de vulgarisation : apporter ces concepts-là, qui sont connus dans le milieu de la musique, à des personnes qui ne sont pas calées sur le sujet et qui ne connaissent pas John Cage. C’est une référence absolue mais je voulais un format plus actuel, sans le côté un peu « intello ». L’idée du projet était d’animer un dancefloor. Je le vois un peu comme une continuité du travail de ces musiciens.

Avec tes performances vidéo en chaussettes ou en peignoir, on te compare souvent à Marc Rebillet…

Oui, et pourtant, ça n’a rien à voir. Lui, il fait des boucles et il chante. Mais ce qui est compréhensible, c’est qu’avec ce format vidéo, tu rentres dans le même cadre des « curiosités ». Donc quelque soit la curiosité, on va te dire « Ah, ça me fait penser à ça… », et ça devient un style musical à part entière. Il y avait aussi Jacques qui était très porté sur des concepts similaires, avec une vulgarisation de la musique concrète. C’était pas le premier à utiliser des objets chelous. Par contre, c’était le premier à les transposer à un truc plus actuel et électro. J’aime ce qu’il fait mais j’ai plus été inspiré par les « hommes-orchestre » et par tous ces groupes qui reproduisent des sensations électroniques dans un format instrumental, comme Too Many Zooz. J’ai commencé à apprécier l’électronique (transe, techno, house…) par cette sensation du corps : en la jouant et en tapant du pied.

Ta pratique du thérémine montre d’ailleurs cette importance de la gestuelle…

Oui, et je ne suis pas du tout un joueur de thérémine classique. Si je m’y suis mis c’est parce que je savais que c’était possible de moduler les paramètres d’un synthé. Ça a un côté visuel intéressant, un peu théâtral, contrairement au fait de tourner des boutons. J’apprécie l’idée de performance. Faire un son chez moi, c’est pas mon truc. Ça c’est mon ingé son qui s’en occupe. En ce moment, je fais des vidéos improvisées, j’enregistre en multipiste et je lui demande de faire une track avec.

L’impro, c’est aussi ce qui caractérise tes lives ?

Oui, si tu viens me voir 5 fois d’affilée, tu vas reconnaître des trucs mais tu n’auras pas vu le même concert à chaque fois. Je vois les morceaux comme des ambiances, et ils n’auront pas la même durée d’un concert à l’autre. Comme il n’y a pas de boucles préenregistrées, je peux faire ce que je veux. Et je découvre aussi de nouvelles idées en live, que je peux développer après.

Cet échange avec le public, c’est ce qui t’a intéressé avec les concerts sauvages, comme celui dans le tram de Bordeaux ?

Le projet est né de ça, en fait. Toute la première année était basée sur ce concept « street », avec le tramway ou le fait d’être parti en stop avec un piano. Mais quand je suis rentré, il y avait un choix à faire. Soit je continuais vers ces happenings, soit je déplaçais le curseur pour pouvoir faire de la scène, ce que j’avais vraiment envie de faire. J’avais des prétentions musicales un peu plus hautes. Les gens se souviennent des débuts mais je pense que 90 % de ceux qui me suivent aujourd’hui sont venus après ça.

Après ce live dans le tram, la ville de Bordeaux t’a finalement soutenu et t’a demandé de recommencer. Ça ne t’a pas dérangé de perdre ce côté clandestin ?

La première fois, j’avais envoyé les vidéos de la performance à Sud Ouest, qui les avait relayées. La Mairie m’a contacté parce que ça avait bien marché. Ils ont été hyper cool. Ils m’ont proposé des subventions pour faire ce que je voulais. La deuxième édition, qui était censée être légale, ça a été drôle finalement, parce que le conducteur du tram n’avait pas été mis au courant. On s’est tous retrouvés dans le dépôt ; une centaine de personnes qui commençaient, pour la plupart, à être bourrées. Le mec s’était enfermé dans sa cabine, il voulait pas nous laisser sortir et a appelé les flics. Au final, c’est quand on l’a fait en sauvage qu’on n’a eu aucun problème…

En tant que Bordelais, ça a une signification particulière pour toi, de jouer à l’IBOAT ?

Forcément. Je fais Paris le 5, et Bordeaux le 6. Paris, j’ai quand même une vie là-bas, j’y ai été pendant 3 ans. Et Bordeaux encore plus. Y aura tous les potos et ça fait un an que je n’y ai pas joué. Y a plus de 4 ans, on allait toujours à l’IBOAT ou au Bootleg, quand il existait. J’ai passé des super soirées là-bas donc oui, je suis impatient !

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